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ew York, Park Avenue, le quartier des riches, des hypocrites, des plus grands escrocs de tout le pays...
C’est mon quartier c’est là que je suis venue au monde malheureusement (un sourire, de l’ironie et une écorce de tristesse) Je vois déjà la grimace que vous faites cela vous paraît contradictoire : en quoi le fait d’appartenir à la crème de la crème de la société New-yorkaise est un si indéniable malheur et insupportable souffrance ? Vous n’allez pas tarder de le savoir …
(Changement de décor : un Bar Tabac au coin de la 5ème et la 24ème, elle allume une cigarette, tire une bouffée et me regarde en souriant. Cea cache quelque chose, je le sens, je ne sais pas quoi exactement ! Je patiente) Mon nom est Andrea, je vais bientôt avoir quarante bougies dans un gâteau que je soufflerai seule. Je m’offrirai ensuite une soirée dans le Club le plus branché de la côte Est, je danserai toute la nuit je me déhancherai, je me saoulerai, je transpirerai, et seule je rentrerai quand le soleil sera levé.
Dans la Radio la voix dira sûrement et comme tous les matins : Bonjour NY, aujourd’hui on est le 15 Mai il est six heures, réveillez vous il fait très beau et ça ne risque pas de changer. Un flash info et on revient en musique "Urge Overkill - Girl, You'll Be A Woman Soon"bonne journée sur nos ondes et vivent les Yankees !
J’irai me coucher seule dans un grand lit, dans une grande Suite nuptiale, dans un grand et luxueux Palace, dans le plus grand silence…
A l’approche de la quarantaine je commence à paniquer. Je me demande si les choix que j’ai faits dans ma vie étaient les bons. Je perçois un doute au fond de moi, un doute que jamais je n’aurai imaginé s’installer dans ma tête et dans mon corps tout entier. Ma détermination, mon courage et ma rage disparaissent, laissent place à l’incertitude, à la souffrance aux remords et à la peur. je suis terrorisée par ce vide imminent, cette solitude qui me tue chaque jour, et tue en moi l’envie de vivre.
J’ai fait une bonne dizaine de tentatives de suicide, et si je suis en vie maintenant c’est à cause de Maria - ma gouvernante - ! J’aurais du la virer celle là, je ne sais pas pourquoi je ne le fais pas ! Peut être ai-je trop peur de mourir ?
J’ai l’impression que le jour où je disparaîtrai de la surface de la terre personne ne sera là pour enterrer ma dépouille et puis… (Brusquement en larmes, sur un ton presque gamin ) j’ai perdu toute ma famille, ma mère me manque énormément j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps parce qu’elle est là, à côté, et je ne peux pas en profiter…
(Se ressaisit aussi vite) Ca c’est autre chose, je ne sais pas pourquoi je me suis mise à parler de ma mère ! Peut être parce qu’elle est la seule personne qui m’ait jamais aimé.
Vous savez, je n’ai jamais douté de son amour malgré la déchirure, et ce profond mépris qu’elle ne manque pas de témoigner à mon égard à chaque fois que je la croise quelque part... dans des lieux publics, comme des étrangères. J’ai toujours dit que c’est la seule personne qui me regretterai - enfin pas vraiment - mais qui aurait, et ça je suis suis persuadée, un peu de chagrin pour mon départ vers l’autre dimension,ou dois- je dire vers l’enfer !
(Allume une seconde cigarette tire une longue bouffée cette fois, et regarde le plafond. Ses yeux sont fixés sur le spot de lumière, elle est comme hypnotisée, je vois qu’elle essaie de se rappeler quelque chose, des images, des sons, des souvenirs enfouis … je n’interviens pas je n’ai pas eu à le faire jusque là. Elle reprend…)
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A mère ou la vie « that is the question ! ». Je n’ai jamais réussi à concilier les deux. J’ai beau essayé mais jamais je n’ai trouvé la formule magique, Abracadabrante qui transformerait ma vie, qui m’épargnerait ce choix si dur à réaliser…
Enfin, un jour je me suis dit que de toute façon c’est inévitable ! Et j’ai misé plutôt sur la vie sur l’ « auto réalisation » sur le bonheur. Le bonheur de se sentir enfin libre de toutes les chaînes qui m’accablaient.
J’ai pleuré , crié , hurlé de douleur de solitude …de lassitude , c’était le soulagement d’un poids de vingt sept années d’emprisonnement , de souffrance , vingt sept années de planque derrière un statut , une famille , des meurs stupides et un corps derrière lequel une âme se cachait ,de débattait, se rebellait , se déchirait …
Mon âme perdait son parfum, derrière cette barrière de chère qui puait la masculinité, je détestais mon corps, lui aussi me détestait, chaque mouvement chaque émotion, chaque désir était une véritable épreuve. Mon corps me faisait mal, je ne me défendais pas, je restais immobile, il fallait que je fasse quelque chose...
( Ses yeux se remplissent de larmes , qui y restent prisonnières … elle baisse ses yeux ,ses cheveux tombe sur son visage , elle disparaît quelques instants ,lève la tête ensuite me dévisage , fixe mes yeux , je la regarde surpris , étonnée mais pas du tout choqué . Je ne le savais pas , et à aucun moment de la conversation je m’en suis douté, je déplace mon regard inconsciemment entre ses cuisses à la recherche d’une réponse, et elle était bien là. Elle sourit me demande si cela me gênai, je fais de même en hochant la tête en signe de négation, je suis curieux : je l’incite à continuer…)
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a première et dernière fois que j’ai obéi à mon instinct, j’avais neufs ans, je m’en souviens amèrement.
( Un large sourire se dessine soudain sur ses lèvre, se mêle à une rivière de larmes. J'était figé. Elle reprend ) J’ai profité de l’absence de ma mère, je suis allée dans sa chambre, et je me suis redessinée à ma façon, recréée, re parfumée, je me suis regardée, j’étais belle. Encore reste –t –il que j’ai plus de formes sous se ce super décolleté très serré, le haut des deux pièces, la mini jupe, je n’ai pas manquée de me chausser du plus haut talent de toute la collection maternelle.
J’ai croqué ces instants de bonheur avec une gourmandise telle que maintenant, en y repensant, j'en frissonne! Je revis cette émotion, je la redécouvre tout au fond de mon âme, je la savoure. C’est l’un des très rares moments de joie dans toute mon enfance ...
Une enfance où on te présente comme le très chanceux « Marshall.S Junior », où on t’oblige à monter à cheval tout les samedis au lieu d’aller au Park comme tous les gausses de cinq ans, à mettre un Smoking quand papa invitait ces « amis » riches pour parler d’argent toute la soirée, s’échanger des sourires hypocrites et des phrases stupides, comme celle que maman répétait inlassablement quand elle recevait les invités. Je l’ai baptisé la phrase de la porte : Bonsoir, je vois que vous êtes venus, ah vous avez amené des fleurs merci, c’est gentil, installez-vous …, rien qu’en entendant ça j’avais des… « Crampes aux oreilles »! Et puis merde je déteste parler de cela, je n ‘ai pas envie de m’énerver!
(Elle me regarde comme si elle voulait pénétrer dans mon esprit, voir ce que je pense d’elle, de son histoire, ou peut être a-t-elle eu un remord de, comme ça, raconter à un parfait étranger le scénario de sa vie, ses secrets.
J’ai vite compris ce qu’il en était. Je la fixe assez longtemps, puis laisse promener mon regard sur elle : je découvre un océan d’émotions dans ses yeux, une féminité débordante de toutes les parties de son corps, jaillissante... « originale ». Je voulais qu’elle sache que je la regarde, que je la trouve charmante que je ne suis pas un salaud, qu’elle a eu raison de me faire confiance.
Elle m’a toujours dit qu’elle ne faisait confiance à personne, je vois pourquoi maintenant. J’ai envie de la connaître, je ne regrette pas de lui avoir parlé, de lui avoir tout dit ou presque sur moi, sur ma vie. Rien n’a vraiment changé maintenant que je connais son secret.
Elle a absolument tenu à « me voir en vrai, en couleurs, ailleurs que derrière un écran. « Il est temps que tu deviennes plus qu’une voix au téléphone, un pseudo stupide, et quelques E-mails… », M’a-t- elle dit! elle continue...)
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igurez-vous que ce jour là je voulais que ma maman me vois habillée comme ça ! Je l’ai attendue, lorsqu’elle est rentrée je me suis précipitée vers elle et fière de ce que j‘ai fait, je me suis présentée devant elle en disant : « Mère ! Ne suis-je donc pas belle! »
(Elle s’arrête brusquement, devient nerveuse peu à peu, c’était trop difficile de se souvenir de cet épisode apparemment très douloureux et marquant …). Je ne veux plus me souvenir de la suite, ce n’est même la peine de vous la raconter je vois que vous devinez seul (se retourne vers moi et fait une légère grimace qu’elle voulait aimable) Vous êtes Docteur voyons ! ça ne peut pas vous échapper, c’est un comportement classique dans ce genre de situations, quand une mère découvre que son enfant n’est pas ce qu’il faut absolument qu’il soit ...Bref, ma mère a complètement changé, elle est devenue trop dure avec moi. Elle m’obligeait à suivre des cours de « Bonne Tenue » et puis d’arrêter le théâtre et faire du sport : « c’est pour les demoiselles, le théâtre ! » Ne cessait-elle de me répéter. Je n’ai jamais compris ce qu’il lui arrivait, il faut dire qu’avant ce jour là on entretenait une relation fusionnelle, une relation spéciale et très charnelle.
En y réfléchissant j’ai dû comprendre qu’elle culpabilisait à cause de ça. Elle doit penser que c’est elle qui est à l’origine de ma défaillance « Sexuelle » et c’est là qu’elle se trompe. Ce genre de choses ne résulte d’aucune manière ni de l’éducation, ni du milieu familial, ni d’aucun autre facteur externe. C’est un sentiment et non une sensation. C’est une certitude : le fait d’être une femme ou un homme est un sentiment intérieur très fort, tellement fort qu’on y réfléchit pas trop.
C’est différent du fait d’avoir des tendances, c’est une question très simple et très compliquée en même temps, je ne sais pas comment l’expliquer aux autres, avec leur a priori et leurs préjugés, leurs limites, qu’eux seuls fixent.
Tout ce que je sais c’est que pour moi c’est clair dans ma tête … ou du moins ça l’était pour longtemps, assez pour vivre enfin des instants très satisfaisants dans ma de vie.
(Marque un temps, expire la fumée de sa dernière cigarette, elle la regarde, puis semble se rappeler de quelque chose, elle continue sans me regarder…)
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amille, c’est un terme que, pendant un certain temps, je détestais, méprisais et réfutais, ça n’avais pas de sens pour moi. C’est la boîte noire, le cercueil dans lequel j’ai enterré mes cauchemars, mes chimères et mes souvenirs...
Dés que je voyais une famille unie quelque part, mon premier réflexe est que ça ne durera jamais. Ce lien s’autodétruira, ne survivra pas à l’individualisme des parents, celui des enfants aussi quand ils renverront la balle à leurs parents et se vengeront d’eux, de leur égoïsme, de leur maltraitance. La famille c’est comme n’importe quelle MODE, une tendance, ç’est tout beau au début, tout jaillissant tout aveuglant, mais ensuite ça disparaît comme de la fumée dans l’air !
(Elle éteint sa cigarette, me confie qu’elle avait besoin d’un peu d’air et me demande si ça m’ennuierait de continuer dans un autre endroit, je n’y voyais aucun inconvénient. On s’est levés, on a marché dans la rue. Il fait un peu frais dehors... j'ai aimé partager ces moments avec elle. Je lui fais - en cours de conversation- part de ce que je pense de cette entité sociale qu’est la famille et mes sentiments en vers la mienne…)
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aintenant avec le recul,(troublée mais pas du tout hésitante) je suis de votre avis ,d’ailleurs je vous en ai parlé pour vous dire que - justement- j’ai vraiment envie de fonder une famille , d’avoir des enfants , d’une manière ou d’une autre, de la chaleur et beaucoup d’amour. Je sais que cela paraît insensé voire impossible, et j’en suis consciente, mais ça me met hors de moi, ça me révolte ! Comme si les lois de la nature ne suffisait pas, il a fallut que les humains se prennent pour le Seigneur et jugent ce qui est bien ou mal. Il y’a des enfants tellement malheureux , des enfants qui ont faim dans les rues , qui n’ont pas de maison...un toit. D’autres qui sont battus ,maltraités, menacés …Je réalise que si je pouvais, je ferais de mon enfant le plus heureux de tous les petits enfants de la planète…( se tourne vers moi en souriant , me regarde et s’apprête à me poser une question ,puis hésite , j’insiste …) Sans indiscrétion : voudriez-vous avoir des enfants, vous ? Je sais c’est trop stupide comme question, vous êtes quelqu’un de bien, je vois que vous êtes attentionné et aimable, je suis contente de vous rencontrer enfin. Je m’excuse pour ce que j’ai du faire, j’avais trop peur que vous ne vouliez plus me parler, j’aurais dû vous le dire dés le début qu’en vérité je n’étais pas vraiment ce que vous croyez, ou ce que j’ai fait en sorte que vous croyiez, (s’arrête soudainement et me demande) pourquoi vous m’avez écouté, pourquoi vous n’êtes pas choqué, enfin.vous saisissez ou pas encore ! Moi, je vous devais bien ça , vous êtes la seule personne avec qui je me sens bien , même quand on se parlait au téléphone et que je vous mentais, vous étiez sincère, vous m'avez parlé de vous...personne ne m’a fait ce genre de confidences auparavant! Vous étiez toujours là pour me consoler quand j’étais mal, même si je ne vous racontais que la moitié de la vérité et même un peu moins. Vous n’avez jamais posé trop de questions...Vous ne m'avez jamais jugée.
J’adore vos blagues, votre enthousiasme, vos discours sur les méfaits du tabac… parfois je ne vous écoute pas mais je vous entends, je vous imagine. Vous m’avez fait changer d’avis , je n’ai plus envie de mourir, je voulais vivre pour profiter de votre amitié - même si je me reprochais le fait de devoir vous mentir pour vous garder.
C’est ignoble... mais vous êtes mon seul ami et...ne vous sentez pas contraint de prolonger cette relation par compassion ou par n’importe quelle autre sentiment mesquin, je comprends très bien le fait que vous ne voudriez plus de moi … (Je reste immobile , je la regarde parler , remuer dans tous les sens, j’avoue que ç’était émouvant je me suis senti mal , très mal de devoir accepter des excuses de quelqu’un qui n’avait pas à s’excuser , de l’avoir un petit peu pousser à admettre l’inadmissible . Ce n’était pas de ma faute aussi, au même temps .Ce genre de situation est très délicat !
Comment se montrer sincère? comment se débarrasser de ce sentiment de pitié tout de même présent, je l’avoue. Elle lit très bien au fond des yeux !
Pour moi c’était clair, j’ai trouvé en elle une très grande sincérité, un courage gargantuesque et une personnalité attirante, je ne voulais pas la perdre, je n’ai pas le doit de la juger, d’ailleurs je ne le fais pas…elle parlait toujours quand je l’ai coupé…)
- Vous aimer le jazz ?
- Pardon
- Aimez-vous le jazz ?
(Elle ne saisit pas encore. Je sors de ma poche deux invitations pour un concert, elle me regarde…)
- Avant de venir vous voir, j’avais prévu de vous inviter à un concert. J’avoue que j’espérais un peu, un tout petit peu en fait, que vous acceptiez …
- Et maintenant …Vous ne l’espérez plus, c’est ça !
- Non …
(Elle sourit comme si elle l’avait prévu et s’apprête à quitter, en faisant signe d’au revoir de la main… je la tiens par le bras. Surprise, elle n’a pas eu le temps de régir, je la fixe dans les yeux, affiche un grand sourire et dis ...)
- Non, je le veux de tout mon cœur...
Fin
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