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à mi-chemin...

18 janv. 2009



New York, le magasine Vogue, bible de la mode new-yorkaise organise l’une de ses fêtes extravagantes réservées aux habitués.

Comme à chaque fois, j’y suis invité. C’est pour cela, entre autres, que je fais ce métier.

Et comme à chaque fois je m’y rends, me mêle à la foule, et profite de ma notoriété, me permets de lancer des critiques à, à peu près tout le monde : n’est ce pas ce que je fais le mieux ? Et puis, je crois que c’est le but de ma présence ici !

Les autres ont dû payer des sommes folles pour être dans la plus class, la plus convoitée, la plus fameuse des soirées new-yorkaise. Moi, on me fait venir pour critiquer solennellement, haut et fort les tenues, la coiffure, et l’attitude des dames et demoiselles de la crème de la crème de la « High-society » de la ville la plus frimeuse de la planète…

Chanel, Gucci, Valentino, tous y passent, et le fait qu’ils soient tous des « partenaires » de notre cher magazine ne les rend pas pour autant intouchables.

Ma chronique n’a pas été élue comme étant la plus populaire par hasard et croyez-moi, ce n’est pas mon talent d’écriture ni mon style exceptionnel qui ont fait que « Alex Halphen » est le critique de mode le plus convoité de NY.

Excusez-moi, je ne me suis pas présenté, je manque à tout mes devoirs de gentleman de la bourgeoisie hypocrite, et ridiculement bien éduquée de cette ville.

Alex Halphen, auteur de « NY, night’s fashion ».

Qui que vous soyez, je suis enchanté. Sauf si vous êtes une Fashion Victime new-yorkaise qui me remerciera le lendemain matin, parce que j’ai écrit ces quelques lignes « en dépit des soixante milles dollars qu’elle avait sur la peau, elle ressemblait à un Ananas pourri … ». Je vous assure que c’est ce que je viens à l’instant de recevoir comme coup de fil « …merci Alex pour m’avoir cité dans ta chronique » ! N’importe quoi ! Je commence à croire que ces gens là sont débiles ou maso et c’est à peu près la même chose…

Quoi qu’il en soit je les hais !

Oui vous avez bien entendu, je n’aime pas ces gens ils me dégoûtent, je les méprise, je les hais du fond du cœur.

La nature et les circonstances ont fait que j’appartienne à ce _sac à merde_ de société. Je ne l’ai pas choisi, tout m’était prédestiné même le métier que je fais…

Ma mère était décoratrice d’intérieur, toutes les maisons de Park Ave peuvent témoigner de son talent. C’est tout ce qui me reste d’elle…

Mon père, lui, était un homme d’affaire qui a épousé l’artiste : belle, populaire reconnue … Heidi Downing était son coup le plus réussi et son affaire qui a rapporté le plus. Cet homme savait communiquer, et savait pertinemment que la communication et les relations publiques rapportaient beaucoup. Le pouvoir et l’argent étaient son seul souci. Ainsi, il a passé toute sa vie à collecter une belle fortune et puis il est mort sans en profiter ! C’est tout à fait bête je vous l’accorde.

Les invités ce soir, ne manquent pas d’imagination, les dames s’exhibent dans les dernières créations des plus grands couturiers, les hommes, eux, dans les dernières folies mécaniques. Tout le mode essaye de se monter. Qui est le plus riche ? Qui est le plus fortuné ? Qui est le plus ridicule ? C’est difficile à dire.

Qui est la plus belle ? C’est elle…

C’est la première fois que je la vois, qui est-elle ? C’est ce que j’essaye de savoir…Dieu merci dans cette ville il est difficile de ne pas trouver une telle info : Tout le monde sait qui est qui à New York.

Aussitôt la question posée à gauche et à droite on me donne des versions, différentes mais homogènes de l’histoire de cette jolie brune. J’ai pu avoir une petite idée sur elle.

Elle aurait 27 ans, sa famille est l’une des plus riches d’Ecosse et elle vient à New York pour diriger les affaires familiales, un groupe d’entreprises diversifié : mode, spiritueux, et voyages de luxe…pourquoi pas ?

Il y’avait toujours à ses devants un homme, la trentaine j’aurais tendances à croire que c’est son fiancé. Il la présente à tout le monde à gauche et à droite. Il la tient par les hanches, il lui murmure de longues phrases à l’oreille, il l’escorte, et dés qu’elle se détache un peu de la foule, il ne tarde pas à la rejoindre. Il la suit partout comme son ombre, comme son destin…Cet homme est une fatalité. Du moins c’est ce dont j’avais l’impression !

Voilà qui dissuade un gentleman à aborder une charmante demoiselle, ravissante et triste...

Je suis revenu à mes moutons, je travaillais : les tenues, les coiffures, l’étiquette, les démarches.

je suis fatigué d’observer les autres pour les réduire, et sans scrupules, en bourriques dans mon prochain chef d’œuvre de la critique. Je me lasse, je suis fatigué de faire des autres ma préoccupation première mon souci permanent, mon gagne pain.

Je m’accorde une pause, je sors prendre l’air à la terrasse

La vue est sublimissime, on a l’impression d’être penché sur New York…

C’est ici que j’ai vécu mes plus beaux jours. Les pires aussi.

Je ne l’ai jamais quitté plus longtemps qu’un mois. Je reviens toujours avec toute la nostalgie et toute la soif qui naît en moi, en j’étant loin de ma ville. La Guardia, le Newark et le JFK sont les pires endroits dans ce paradis que je me suis accordé. Je ne quitterai jamais New York et elle ne me quittera jamais…

Il y a une autre chose que je ne quitterai pas non plus : une cigarette fait toujours du bien quand on se sent seul et déprimé : la fumée, l’odeur, le goût de cette chose deviennent vos meilleurs amis et les plus familiers. Comment trahir cette amitié qu’on nous offre ? Pourtant à un moment j’ai osé, mais heureusement pour moi, je me rattrape très vite quand je fais une connerie du type relationnel. Je sais très bien parler aux femmes et mes cigarettes je leurs parle le temps qu’elles existent…

Elles vivent en démocratie et connaissent très bien leurs limites. Dés que l’une finit ce qu’elle a à faire, elle cède la place à la suivante : sans jalousie, sans bruit, sans état d’âme. Dommage qu’il n’en existe pas beaucoup, des unes comme ça !

J’aime NY et j’aime mes cigarettes, je hais cette soirée, je dois pourtant y retourner …

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